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Toujours branleurs déjà pères

Intersport chaussure de foot enfant il est un garçon tout ce qu’il y a de plus moderne. Il fait les cent pas dans le jardin public en causant intersport chaussure de foot enfant fort sur son 06. Il a l’attitude relâchée des éternels postadolescents. Ses fringues une paire de baskets en faux vintage, un tee shirt H et un pantalon de treillis patiné signalent qu’il est discrètement branché. Tendez l’oreille, sa discussion enchaîne dans le désordre le récit de sa dernière virée nocturne en club, un commentaire sur la chute de Jean Marie Messier et les différents plans boulot intéressants/mal payés et pénibles/bien rémunérés qui s’annoncent. De sa poche de pantalon dépasse le dernier roman dont on cause, celui de Lolita Pille, à moins que ce ne soit l’édition Folio du Tao Te King de Lao Tseu.

Voilà un jeune homme banalement posthistorique cette particule élémentaire sans héritage, descendance ou autre horizon que la jouissance de sa propre existence sauf que attendez, mais qui est cette fillette qui trotte entre ses jambes en l’appelant par son prénom? Le garçon éteint son téléphone, se penche vers elle et se met à lui parler document. Vous entendez des trucs insensés tels que ma chérie, ma jolie intersport chaussure de foot enfant fille et, passé l’effet de surprise, commencez à réviser votre opinion: ce garçon n’est plus seulement un branleur posthistorique, il est déjà un père de famille. Vous réfléchissez deux secondes et admettez que ce genre de scène est de plus en plus fréquente, qu’autour de vous, une ribambelle de marmots est en train de pousser. Les chiffres sont éloquents: nous vivons actuellement un mini baby boom. Avec 775000 naissances en 2000, pareil en 2001 (+4% par rapport à 1999), la reprise de la natalité est, selon l’INED, l’évolution la plus marquante de ces vingt dernières années. Si un tel phénomène avait déjà eu lieu au début des années 80 éxpliqué par l’instauration d’une prime à la troisième naissance et l’annonce de lendemains mitterrandiens qui n’allaient pas tarder à chanter, les démographes n’avancent aucune explication valable à l’explosion actuelle. Et pour cause: un tel désir d’enfant est, a priori, des plus énigmatiques. La génération née après 1968 n’était elle pas ce curieux mix d’élan consumériste et de conscience postapocalytique? N’a t elle pas été décrite comme: nihiliste, hédoniste, autocentrée, superficielle, bref, terminale? Ne vit elle pas en un temps essentiellement rythmé par les épidémies: sida, vaches folles et Tchernobyl, islamisme, lepénisme et achats compulsifs? Pour le moins, on comprendrait qu’elle n’ait pas spécialement envie de payer son écot au process de l’évolution humaine. Or, une fois de plus, les faits contredisent les prévisions. Le garçon moderne est père de plus en plus souvent, de plus en plus en tôt et, surtout, de plus en plus pouponnant.

La nouveauté, la voici: les hommes ne se contentent plus d’avoir des enfants, ils veulent aussi les élever. Non pas à l’ancienne, en se bornant, distant, à exister dans la parole de la mère, comme l’autorise la théorie psychanalytique lacanienne (lire page 88). Mais dans un corps à corps ludique, tendre, combatif avec son môme. Si un tel constat tend à devenir banal, il n’est cependant pas sûr que l’on en ait éprouvé toutes les conséquences. Insistons donc. Un événement dans l’histoire a surgi il y a deux décennies qui concurrence par son importance l’invention du monothéisme: la présence de l’homme au moment de l’accouchement. C’est tout à fait unique dans l’évolution de l’humanité, il n’y a aucun équivalent dans aucune autre civilisation, insiste le psychanalyste Didier Dumas, compagnon de route de Françoise Dolto et auteur de l’essentiel Sans père et sans parole (Hachette). Auparavant, le père fumait ses cigarettes dans la salle d’attente, venait voir le bébé puis s’en allait bosser. Il commençait, dans le meilleur des cas, à se préoccuper de son enfant dix huit mois plus tard, lorsqu’il apprenait à dire « papa, Aujourd’hui, l’homme devient père dès la naissance. S’il y a bien quelque chose qui a radicalement métamorphosé la condition masculine, ce sont les nouveaux rapports de tendresse qui s’instaurent dès la naissance entre un homme et son enfant.

Après le père sévère, le papa cool

Le phénomène est d’autant plus inouï qu’il s’est produit brutalement, en l’espace d’une génération. Les pères des années 70 ont vécu un choc traumatique, explique la sociologue Christine Castelain Meunier, auteur de la Place des hommes. Sous le coup de l’émancipation des femmes et de la loi de 1970 remplaçant la puissance paternelle par « l’autorité parentale, ils ont perdu leur place centrale dans la famille au profit de l’enfant. Les centaines de milliers de divorces qui s’en sont suivi attribuant quasi systématiquement la garde de l’enfant à la mère, ont obligé les hommes à intégrer l’idée que la paternité, malgré trois mille ans d’évidence, n’allait plus de soi. Qu’il faut la défendre en s’impliquant. Nous sommes brutalement passés d’une « paternité symbolique » à une « paternité de lien, Et ce désir n’est pas réservé aux seules classes aisées. Mes enquêtes ont démontré qu’au contraire, la « paternité de lien » était désormais privilégiée au sein des classes populaires. Partout, c’est la même parole intersport chaussure de foot enfant qui s’exprime: « Ne pas faire comme mon père, ne pas attendre les résultats scolaires et l’âge des sorties pour m’occuper de mon enfant, Après le père sévère, le papa cool.

Cette mutation masculine est en fait l’exact pendant de cet autre événement sismique qu’est l’émancipation de la femme. Elle en est même son prolongement logique: puisque les filles sont libres de leurs désirs notamment celui de quitter leur conjoint et qu’elles bossent au moins autant que ces derniers, alors il n’y a plus aucune raison valable à ce que les garçons n’assument pas le partage des tâches parentales. Beaucoup de jeunes pères vous le diront: ils n’avaient pas spécialement imaginé la suite des événements. Ils étaient juste amoureux dingues d’une fille et cette dernière à l’approche des 29ans se mettait à triper à l’idée d’enfanter. Et bam, voilà notre insoucieux qui parle doucement au ventre de sa femme; sent ses jambes trembler tandis qu’elle met au monde leur enfant; revient le lendemain, la face extasiée, à la maternité avec un ghettoblaster, le clavier bien tempéré de Bach et Song In the Key of Life de Stevie Wonder (Don’t you know that true love asks for nothing/Her acceptance is the way we pay ). Et aussi: le biberon de 3h00 du matin, l’exercice acrobatique du bain, faire l’avion avec son poupon. Et encore, ce nouveau jeu rock’n’roll proposé par la jungle urbaine: toi aussi pars en chasse d’une crèche, d’une nourrice, d’une école maternelle

Les rapports de tendresse qui s’instaurent dès la naissance entre un homme et son enfant ont métamorphosé la condition masculine (Didier Dumas).

Pas de modèles

Désormais, la vie de notre héros s’apparente à un interminable parcours du combattant qui s’étend entre deux extrêmes.

Extrême n1: c’est la nuit, il marche dans son appartement, voit les minuscules chaussures de sa fille et en est traversé de bonheur. Soudain, il l’entend pleurer, il file dans sa chambre, lui dit Tout va bien, elle se calme, il la prend dans ses bras, elle se blottit et se rendort. Il se demande s’il n’a jamais été aussi heureux.

Extrême n2: il s’est engueulé une fois de plus avec sa meuf, sa fille braille et sanglote, il est crevé, ne sort plus, croise à peine ses potes, contracte des emprunts financiers pourris, se répète je suis coincé je suis coincé me suis fait avoir pour les quinze ans à venir, se précipite en chancelant vers la fenêtre et regarde le vide l’appeler.

Le nouveau père est en proie à une tension nouvelle: il zigzague entre la certitude de s’être fait rattraper par les impératifs d’une vie petite bourgeoise et le sentiment de cultiver une nouvelle humanité la sienne et celle de son enfant. Et c’est de cette tension qu’est en train de naître de l’inédit. Si l’on regarde l’évolution des modèles familiaux, explique Christine Castelain Meunier, trois scénarios s’imposent: la matrifocalité (la mère élève son enfant seule) lourde de dégâts psychiques pour l’enfant; le modèle traditionnel avec une claire séparation des rôles et un père « à l’ancienne, et un nouveau modèle qui est celui de la négociation, de l’expérimentation perpétuelle.

C’est ce dernier qui, en l’occurrence, nous intéresse. Faire le nouveau père, c’est avancer dans le vide, s’occuper de son enfant comme jamais votre propre père ne l’a fait avec vous, ni non plus son père avec lui. C’est rompre avec un inconscient collectif vieux de trois mille ans. En de telles circonstances, on ne s’étonnera pas de voir la vie de couple se métamorphoser en un bouillon de névroses. Car voilà: une fois parents, le garçon et la fille modernes sont rattrapés par l’image de leur propre père et mère. Le garçon, par exemple, se met à bosser comme un dingue et à rentrer à pas d’heure. Ou la fille se recroqueville sur son enfant et empêche son compagnon de s’en occuper. Ou les deux en même temps, ou pire encore: Lorsqu’un homme a souffert de l’absence de père, il peut arriver à des passages à l’acte très étonnants, explique Didier Dumas. Les Américains magasin de crampon de foot parlent des trois « F, fight, flight, fear (bagarre, fugue, peur). Des hommes stables ont tout à coup des comportements violents ou se trouvent un boulot à l’autre bout du monde ou réalisent des passages à l’acte sexuel imprévus travestissement, homosexualité, pédophilie. Le problème, c’est qu’en France, on ne tient jamais compte de la souffrance des futurs pères. Christine Castelain Meunier: Il faudrait offrir aux futurs pères des consultations remboursées par la Sécurité sociale. Didier Dumas: Finalement, les couples qui s’en sortent sont ceux qui se décident à inventer, à se servir de la parole pour élaborer de nouveaux modèles, les anciens étant de toute façon obsolètes.

Ajoutons que rien, dans les mythes pop culturels de notre adolescence, ne nous a préparés à être jeune père: aucun film, aucun roman, aucune bande dessinée ou chanson cool. Nous avions plutôt prévu: d’écrire de grands romans, de nous exiler en Afrique, de devenir rock star, Dj à Tokyo ou d’errer sur les routes d’Amérique latine. Mais cherchez bien, vous ne trouverez aucun hit pop à part peut être le Robert DeNiro du Parrain 2, (mais lui au moins trouvait à s’amuser par ailleurs) susceptible de justifier la vocation paternelle.

Une aventure dont vous êtes le héros

D’où retour à la question initiale: par quel putain de mystère les garçons de 30ans se sont il décidés à être de bons pères? Réponse: la posthistoire, justement. Les pères de famille sont les grands aventuriers des temps modernes, écrivait Charles Péguy dans les années 10. Il avait raison mais avec soixante dix ans d’avance. Entre temps, les guerres et les révolutions ont appelé à elles pas mal d’aventuriers. Mais cette histoire est close. Dans le jargon sociologique de Christine Castelain Meunier, ça donne: Avoir un enfant, c’est donner du sens à sa vie dans une société qui n’en offre plus. Plus simplement: le garçon moderne veut vivre une aventure dont il est le héros. La paternité devient un champ d’expériences de vie inédites, à la fois douloureuses et magasin de crampon de foot joyeuses, angoissantes et extatiques. Une ouverture radicale de soi, l’invention de nouveaux futurs, la contestation de la lassitude. Laissons la parole au philosophe Peter Sloterdijk, soixante huitard néanmoins passionnant: J’appartenais à une génération qui () ne pouvait que haïr les enfants, confie t il dans son livre d’entretiens, Essai d’intoxication volontaire. Or, Avec l’enfant comment dire, un horizon supplémentaire est apparu. C’était cela, pour moi, la grande surprise. Le fait que j’ai approuvé sans réserve ce qui jadis m’aurait paru insupportable. Et plus loin: C’était si fort et si clair, jubilatoire! C’était comme un matin de la création, je n’exagère rien. Cela renverse toute ta pensée. C’est quelque chose d’étrange. Toute ma socialisation m’avait formé dans une logique apocalyptique, () le monde capitaliste était une fin du monde permanente. Nous avons appris à penser toujours à la fin, ou à la fin ajournée, ou à une fin sans fin. Autant de schémas d’une inconsolabilité acquise, des idées de personnes que leurs expériences ont fait vieillir. Mais je n’avais pas appris à penser les commencements, à penser avec le soleil qui se lève.

Partout, c’est la même parole: ne pas faire comme mon père, ne pas attendre les résultats scolaires et l’âge des sorties pour m’occuper de mon enfantPenser les commencements et non plus seulement les fins. Saisir que l’expérience de père est une école d’émerveillement. Comprendre qu’élever aujourd’hui un enfant, c’est s’installer sur un mouvement historique naissant dont on commence à peine à saisir les bouleversements. Au crépuscule des années 70, alors que la sortie de scène du punk signe la victoire définitive de l’empire marchand, une voix, celle de Françoise Dolto sur France Inter, s’adresse à des millions de gens et popularise la psychanalyse de la petite enfance: le bébé est une personne, il est un être de désir à qui il faut parler vrai surtout lorsqu’il s’agit de sexe et de mort, et au père revient la tâche de nommer son enfant. Désormais, nous n’élèverons plus les humains de la même façon. Entre la vieille ère marchande et la nouvelle humanité, l’affrontement est engagé. Et de l’engagement des nouveaux pères dépend aussi son issue intersport chaussure de foot enfant.