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Nike hypervenom phantom enfant chaussures football magista censée durer toute la nuit, la dernière soirée Péripatechangeait de format quelques heures avant le début des festivités face à l prévue (1,4 K participants sur Facebook, 2,9 K intéressés). Finalement non, on ne danserait pas jusqu lendemain, ce n pas possible à gérer tout ce monde. Un before aurait lieu de 18h à minuit, après quoi on serait invité à vider les lieux et à revenir, pour les plus courageux, à 7h du matin. Douche froide. Je décidais de me replier sur Ground Control, bar éphémère rebaptisé Grand Train, histoire de boire un coup et basta. Après tout rien n à s les semelles sur un sol marécageux des heures durant, dormir ça pouvait être bien aussi.

L’après midi touchait à sa fin, il faisait frais, mai fais ce qu’il te plait rien du tout, je portais un cuir noir, un pull noir, un pantalon noir, des chaussures marron chocolat détails qui n’ont pas grande importance, la suite le montrera, ils ne seront plus évoqués. Rue Ordener, j’ai passé un rideau de vigiles par forcément sympas mais pas détestables non plus, je crois même que l’un d’entre eux a esquissé un sourire, je suis entré dans l’ancien entrepôt de la SNCF.

Là, ça a tout de suite été une débauche de stands bio, où l’on avait tout loisir de payer un pot de confiture sept euros si l’envie nous en prenait. J’ai avancé, sur ma gauche s’étalaient des transats occupés, des bobines de bois pour câbles électriques, des terrains de pétanque, un potager et un poulailler où des poules caquetaient comme à la ferme, en plus de dégager une forte odeur de fiente. Je crois pouvoir affirmer que rien n’était fait pour contenir cette odeur, nike hypervenom phantom enfant alors qu’il est tout à fait possible de l’atténuer en ajoutant un tapis de sable sous la litière litière de chanvre de préférence. C à peine si un ventilateur n pas astucieusement placé derrière les cages, histoire de répandre les effluves aux quatre vents. Sur ma droite, sous un hangar, étaient alignées d locomotives colorées,gueules scintillantes.

J atterri dans une cour, bu une bière en déambulant entre des cageots de vinyles de Robert Charlebois etdes Stones. Personne ne les regardait, on ne trouve pas la perle rare dans un si petit stock, probablement peu renouvelé et devant lequel des centaines de badauds nike hypervenom phantom enfant sont déjà passés. Les vinyles et tout le reste c’était plus pourfaire bobo, un peu à la façon dont, selon le mot de Max Jacob,Le Soulier de Satinde Paul Claudelfait chef d’uvre. Tout y était, rien n’en survivrait. Mais quand même, je dois dire que l’atmosphère n’était pas trop mal, dans le genreShoreditchparisien. J’ai siroté ma bière en regardant les lanières en plastique d’un rideau industriel onduler au vent.

En rentrant je me suis engouffré dans la bouche de métro Marcadet Poissonniers, suis tombé nez à nez avec une fumeuse de crack en train de rallumer sondownstem. Je n’ai rien dit, il n’y avait rien à dire, j attrapé la ligne 2, je n pas eu le temps d chez moi. Mon téléphone a vibré, j répondu, réussi à prélever les mots mec de ouf sa grand mère la ramène toi brouhaha ambiant, ça a raccroché. J fait semblant d un instant, mes talons avaient déjà pivoté.

Encastré sous le périphérique au niveau de la Porte de la Villette, l entrepôt de matériel devoirieoùse tient lePéripatene ressemble pas à grand chose, se contentant d’être là parce qu’il y avait une place. La logique qui sous tend la création du lieu est un peu la même que celle qui encourage à acheter des rangements de lit, qu’on glisse sous son sommier dans l’espoir qu’ils ne seront pas trop vus. Cette modestie est également de mise à l’intérieur, où murs en briques et parpaings émergent d’un sol en terre sur lequel on a jeté à la diable cartons et planches de contreplaqué pour éviter de s’embourber. Il fait sombre, une partie de l’assistance est occupée à zoner entrer le vestiaire et les toilettes, une autre à boire dans une grande salle constellée de meubles de récup’, la dernière à danser sur une techno brutale et efficace en inhalant des effluves de poppers.

Légale en France, la vente de ces petites fioles de vasodilatateur ne l’est pas en Allemagne. On peut les trouver sous le comptoir des sex shops mais il est risqué d’essayer d’entrer en boite avec, principalement parce qu’elles se confondent avec des flacons de GHB, psychotrope connu sous le nom de drogue du violeur qu’à la différence de presque toutes les autres drogues, les clubs d’outre Rhin ne tolèrent pas. Bref, le poppers mis à part, on se croirait assez dans un squat berlinois, ce qui dit comme ça suggère un lieu horriblement snob mais en fait non, c’est tout le contraire.

Débraillée et hallucinée, la foule dessine des ombres tordues sur les murs, hérissées de plumes et de casquettes Fila. Je retrouve des amis, on parle différences entre Coca Light, Zéro et Life, ça n’a aucun intérêt, je dis j je vais m jeter un, j une pâteuse du turfu, je descends deux bières, grille quelques cigarettes et décide d voir du côté du dancefloor. La salle est haute, balayée de flashs rouges, l moite. A gauche de la cabine du DJ s juchées sur une estrade, des filles aussi dévêtues que les Vénus de Titien ; dans mon dos, sur un balcon, dansent des travestis en chaussures rangers et jupes à lamelles multicolores.

Tout indique que les gens s sont contents d là, phénomène que je ne m d pas, puis si. Il y a l qu type de 120 kilos au regard torve ne filtre l Viens comme t de toute façon tu rentreras. De même, à l aucun videur ne vous braque sa lampe torche dans les yeux à la première cigarette allumée. Une absence chaussures football magista de service d qui chaussures football magista panache l et autorise tous les comportements aucun débordement n à déplorer, on voit que la confiance est un truc qui marche encore. Les tarifs low cost (cinq euros l le reste à l invitent également à une certaine décontraction. Enfin, il y a peut être aussi qu assiste à un événement non autorisé, échappant aux normes de sécurité et consignes de bienséance habituelles, d’où la sensation d Ce n’est pas rien.

Minuit passe, puis minuit trente, et l se surprend à espérer que peut être la soirée se prolongera toute la nuit. Tout se passe bien, il y a du monde mais ça va, on ne se marche pas dessus, on voit mal pourquoi on ne poursuivrait pas sur cette lancée. Mais non. A une heure l porte métallique ouvrant sur le boulevard de la chaussures football magista Commanderie s uncourant d’air frais vient délayerl’atmosphère tropicale régnant dans ce qui, au fil de la soirée, est devenu une étuve de béton. Chacun de débander.

Je ne reviendrais pas au petit matin, c’était un vague projet dont la réalisation demandait des ressources physiques que je n’avais plus. Sur le chemin du retour, en réalisant que cette fois c bien terminé, je n pas le cur lourd. La dernière n’avait pas été un baroud d’honneur un peu triste, il s’agissait plutôt pour Aladdin Charni et son équipe du Poney Club, à l’origine de ce joyeux bordel, de témoigner de leur envie intacte d nuits parisiennes. Le mot péripate, désignant une sorte de limace des pays chauds, viendrait du grec peripatein signifiant se promener Pour le Poney Club, la balade sauvage ne faisait que commencer chaussures football magista nike hypervenom phantom enfant.

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Nike hypervenom phantom enfant chaussures football magista avec leurs chiens et leurs fripes militaires, ils squattent les centre villes des métropoles. Qui sont ils, que font ils, de quoi vivent ils? Notre enquête sur une des franges les plus mystérieuses et ignorées de la population française, à l’heure où sort le Grand Soir, l’histoire du plus vieux punk à chiens d’Europe.

Au début des années 90, on a commencé à voir débouler des hordes de punks à chiens quand on jouait dans des gros festivals, se rappelle Nicolas Kantorowicz, moitié de Sporto Kantes et ex bassiste des Wampas. Surtout dans le sud, à la Rochelle et à Montpellier, c’était incroyable. Un public d’un nouveau genre qui s’est formé au rythme des premières free parties concoctées par Spiral Tribe, le sound system londonien mythique, en 1993. De Beauvais à Millau, en passant par Bayonne, des grosses tribus de travellers anglais parcourent la France à bord de camions à la Mad Max équipés en gros son. Ils finissent par partager eau de vie et stups avec des zonards français tendance punk anar’ même si, au départ, ces derniers ne pouvaient clairement pas piffer ces proto teufeurs. Les travellers balançaient leur techno à fond et les punks ne pouvaient plus écouter les Bérurier Noir sur leur magnéto cassette, résume François Chobeaux, travailleur social et spécialiste de la question des jeunes en errance. Aux Eurockéennes de Belfort, en 1996, ça a fortement chauffé sur le terrain de camping. Et puis les punks français se sont très vite convertis à la techno et le courant a fini par passer.

Parrainée par la musique électronique, les acides, la MDMA, l’ecstasy et la rabla, la jonction accouche d’une foule de fêtards hybrides où, aux côtés des travellers et des jeunes en vacances papillonnant d’un rassemblement estival à un autre, se pressent également des types plus borderline et précaires qui finiront par gonfler les rangs de ceux qu’on appelle communément les punks à chiens. Ces jeunes avaient des parcours de vie plus accidentés: rupture scolaire, rupture familiale, beaucoup de galères, explique le sociologue Christophe Blanchard, spécialiste de la question. Et, après avoir partagé des expériences type drogue avec les festivaliers, ils sont vraiment tombés dans la rue et ne s’en sont jamais relevés. Il y a une raison structurelle à ça: la crise, une réalité qui traîne depuis plusieurs années et que ceux qu’on nomme les punks à chiens ont pris en pleine face.

Vingt ans plus tard, la veisalgie est toujours aussi intense, le bad, toujours aussi raide pour ces errants provinciaux et banlieusards propriétaires de chiens qui ont échoué à Paris. Je suis allé au teknival de Laon pour le 1er mai, tente de se rappeler Love, teuffeuse travelleuse SDF solitaire. J’ai juste bu un verre et je me suis réveillée le lendemain avec une bosse énorme derrière la tête et la main ouverte et infectée. On m’avait volé toutes mes affaires. Des gens sympas m’ont donné des pompes taille 43 que j’ai portées pendant une semaine. Si certains prennent de temps à autre la route histoire de changer d’air, beaucoup de ces zombies dipsomanes se sont sédentarisés chiens, manque de thune et dépendances en tous genres oblige et chaussures football magista peu à peu clochardisés. Les mieux lotis occupent un squat en banlieue ou une sous loc’ de sous loc’ pour pioncer, tandis que les moins veinards font avec les moyens du bord: une tente Quechua dans le bois de Vincennes, un échafaudage, une bouche de métro ou une cage d’escalier.

Postés à proximité des supermarchés, d’un distributeur ou d’un bureau de tabac l’après midi, l’il hagard et la mine rougeaude, ces punks à chiens version 2012 n’ont plus grand chose à voir avec le modèle folklorique à la Not, le plus vieux punk à chiens d’Europe campé par Benoît Poelvoorde dans le Grand Soir. A Paris, contrairement aux villes de province type Montpellier, Grenoble, Rennes, Toulouse ou Aurillac (voir page 40), l’époque des grandes familles de jongleurs de feu tout en treillis et crête a fait son temps. Aujourd’hui, beaucoup zonent et font la manche en solo, bière forte dans la main gauche qui tremble et chien à droite, ou ont fini par traîner avec d’autres SDF.

Direction le boulevard Magenta dans le Xe arrondissement de Paris. Un Tartare asphalté et hurlant, pas trop loin de Stalingrad, bordé par les gares du Nord et de l’Est où, même quand on ne prend pas le train, on trouve sans problème de quoi se faire des rails et des grandes lignes. De coke et de kétamine. Mais aussi du crack, de l’héroïne et du Skenan dérivé morphinique aux effets proches de l’héroïne à un prix bien plus abordable à foison. Dans le coin, il y a aussi les locaux d’Itinérance, seule association à Paris qui accueille, entre autres, les 18 30 ans en errance avec chiens. Puisqu’il faut bien aller quelque part, trouver quelque chose, comme le souffle Sal Paradise dans Sur la route, nos zonards à clébards y passent pour tuer le temps, faire une sieste ou un saut sur Internet, papoter, prendre un café, voire une douche. A la tête de l’asso’, Florian, bonhomme massif et placide, nous éclaire un peu plus sur le sujet de notre enquête: Des types avec le vrai profil punk, on en a très peu. On accueille des toxicos avec chiens, ceux qui ont, fut un temps, bougé avec chiens, ceux qui faisaient des tekos avec chiens et, enfin, ceux qui ne bougent plus du tout avec chiens et qui sont majoritaires. Lorsqu’ils arrivent à Paris, ils découvrent les produits de substitution, plus accessibles ici qu’ailleurs en France, et aussi le Skenan. Et là, ça devient très difficile de reprendre la route.

La drogue mais aussi le manque de thune, la précarité psychique, les problèmes judiciaires et les fiches au cul ont contraint ces hobos modernes à la sédentarisation. Sans oublier leurs chiens. Avant, il y avait cette figure du punk à chiens qui, en camion ou en train, allait de teknival en teknival, explique Christophe Blanchard. Maintenant, parmi ces anciens festivaliers, il y a de plus en plus de précaires qui sont prisonniers dans la ville, d’autant plus qu’ils ont des chiens. C’est plus difficile de frauder dans le TGV, il faut théoriquement payer un billet plus un autre demi tarif pour l’animal. Quant à faire du stop avec plusieurs clébards, nike hypervenom phantom enfant c’est mission impossible.

On a fumé la coke ensemble!

Devant l’hypermarché attenant à Itinérance, Love sirote une bière, posée sur le bitume avec ses deux dogs. Un papy sort du magasin les bras chargés de courses et lui tend une boîte de pâté pour ses canidés. C’est très aimable à vous monsieur, bonne journée, glisse t elle avec sa voix de rogomme. Elle a de beaux yeux tristes, le cheveux ras, le visage sévère et la gouaille de la rue. Cette Nantaise n’a que 24 ans mais en a passé neuf à arpenter le goudron, besace sur le dos. Ado, elle a bossé dans une ferme équestre puis, lorsque sa mère l’a flanquée à la porte, elle s’est mise à vadrouiller, faisant la cueillette des fraises dans le Lot et subsistant grâce à une pension alimentaire de 200, sans oublier la manche. Elle a arrêté de se shooter il y a trois ans, a pris quelques fois du Skenan mais n’est pas trop médoc’. Mine de rien, elle a pas mal baroudé. Son meilleur trip? L’Australie. J’ai fait tout l’ouest du pays. Mais ce qui est chiant quand tu pars à l’étranger, c’est pour avoir ton traitement. Au bout de trois semaines, je n’avais plus rien et j’ai commencé à péter les plombs. J’ai dû claquer tout mon argent dans un billet de retour. Elle fantasme sur l’Inde mais c’est compliqué avec les chiens. Quand j’aurai les thunes, j’achèterai un camion et j’irai! Pour l’instant, elle est bel et bien coincée à Paris. Et quand tu es une femme, c’est encore plus chaud, surtout toute seule. En effet

Un mec louche s’approche et tente de lui dire bonjour. Love se braque. Tu m’as jeté de la bière dans les yeux, tu t’en rappelles? Tu m’as menacé de me percer les yeux, lui lance t il. L’intéressé a l’air perché et tient des propos sans grande cohérence: chaussures football magista Ne me parle pas mal, tu sais que je suis fou! Tu as dit que j’avais volé ta tente, c’est faux On a fumé la coke ensemble! Je les regarde, hébété, regrettant de ne pas être à trois grammes pour comprendre ce dialogue. Love m’explique qu’elle s’est fait tirer sa tente, que, jusque là, elle dormait dans le bois de Vincennes et qu’en attendant d’en racheter une neuve, elle squatte dans un hall d’immeuble. J’aimerais bien prendre le temps d’aller faire la manche place d’Italie pour pouvoir m’en racheter une avant ce soir mais il va être trop tard, là

Pour les zonards à chiens les plus fragiles, le nomadisme se limite à Paname de l’endroit où ils roupillent à Itinérance, en passant par les spots où ils font la manche jusqu’au camion de l’association Gaïa, posté quotidiennement à côté de la gare de l’Est. Jusqu’à 16h00, ses équipes distribuent gratuitement de la méthadone aux toxicomanes. Le long de la grille qui encercle le réseau ferré, une poignée de propriétaires de chiens à la rue sont dans les vapes ou attendent que la métha’ fasse effet. Parmi eux, Angie, 31 ans, le corps maltraité et le faciès renfrogné. C’est simple: elle n’esquisse un sourire que lorsqu’on lui parle de ses chiens, Gizmo et Kessa. Mais quand elle raconte sa vie, on comprend mieux pourquoi sourire lui coûte tant. Ma maman était handicapée, j’ai atterri à la DDASS et dans une famille d’accueil très gentille. Puis je me suis retrouvée à la rue à 18 ans. Aujourd’hui, je suis une ex toxico, maîtresse de deux chiens et SDF. Aux yeux des gens, je suis trois fois coupable.

Son emploi du temps à la Sisyphe est réglé comme du papier à musique: après un réveil tardif, elle musarde entre Gaïa, pour choper chaussures football magista sa métha’, Itinérance, la ligne 8 du métro pour la manche et le squat de la rue Amelot où elle vit depuis deux ans avec deux SDF et quelques autres zonards à chiens. Précisons que squat est ici un bien grand mot: plutôt un campement de fortune à l’entrée d’un immeuble, dans un renfoncement à l’odeur de houblon, plus ou moins abrité du vent et de la pluie. Rien de plus. Mais après y avoir dîné et beaucoup bu, on s’y sent comme chez soi.

Les keufs ont arrêté Tanguy!

Guidé par l’adorable Sarah, la coloc’ d’Angie, on débarque dans ce repère sur les coups de 19h00. Angie est adossée au mur. Emmitouflée dans une couverture, elle potasse Closer, une bouteille de bière brune à ses pieds, ses chiens sur ses côtes. Mes hôtes se mettent aux fourneaux (il n’y a pas de fourneaux, hein, c’est une image). Deux d’entre eux partent en mission au Franprix du coin pour acheter de l’alcool et dérober de la bouffe. Qu’est ce que vous voulez manger, demande l’un des deux. J’ai envie de Chaussée aux Moines, salive Angie. Je vais t’en voler si ça te fait plaisir! En vrai bad boy, je commande pour ma part une bière forte. Il n’y a pas à dire, mes convives mettent les petits plats dans les grands. C’est encore une image: il n’y a pas de plat et le seul couvert est une carte plastique utilisée pour couper le fromage. Il y a bien un couteau mais on m’a prévenu que je risquais de contracter quelques maladies si je le touchais. De toute façon, je n’ai pas très faim: la vodka, la bière et le mousseux Pol Rémy me tiennent au corps. On discute le bout de gras, je joue avec Gizmo en prenant soin de ne pas me toucher le visage après l’avoir caressé, tous me parlent de Tanguy, un punk à chiens respecté de tous qui, il y a encore quelques semaines, vivait avec eux avant d’emménager chez sa nana. Tous sont impatients car il doit passer ce soir.

A 21h00, voilà que la soirée s’emballe. Kevin se pointe, affolé: Putain, les keufs ont arrêté Tanguy! Il y avait quatre fourgons pour lui, les bâtards. On accourt tous à la bouche de métro Saint Sébastien Froissard pour voir ce qu’il se trame, canette en main. Dans un élan de professionnalisme, j la mienne à deux mètres des policiers que je m’empresse de questionner. Pour toute réponse, j’écope d’un: C’est du voyeurisme, monsieur. Tanguy embarqué, on regagne le logis après avoir récupéré ses deux chiens.

Les silhouettes de cette communauté de destins apocalyptiques, consumées par le stupre de la street, sont graves. Celle de Kevin, surtout. Teufeur à la rue depuis sa vingtième bougie, il en a aujourd’hui 27. Sa chienne est décédée il y a trois ans et, depuis, il s’est juré de ne plus en avoir. En ce moment, je garde celui d’un ami qui est à l’hôpital. Même si je voulais reprendre un chien, ce n’est pas le moment pour moi. Je vais bientôt suivre un sevrage d’alcool, j’ai fait une demande. Je dois écrire une lettre de motiv’, c’est complètement con, j’en ai qu’une, de motivation : arrêter de boire. En bandoulière, il porte une vie déglinguée: Je suis un chien de la DDASS, j’ai été baladé de foyer en famille d’accueil à Rouen. Après sept ans de vagabondage et de petits trafics, il a envie de se réinsérer: J’en ai ras le cul de la rue. J’ai pas mal voyagé entre la Belgique, la Tchéquie, l’Espagne, où j’ai fait un paquet de tekos. Mais là, je suis à Paris depuis trois ans, j’en ai marre de tourner en rond, de fumer du crack. Je veux tourner la page.

Pour Kevin, le chien est le meilleur ami de l’homme parce que c’est la personne qui ne te trahira jamais. Il ne te fera pas cocu, il ne partira pas avec une autre personne qui a plus d’argent que toi et il prendra même ta défense. Une déclaration d’amour enflammée qui en dit long sur la relation entre les zonards et leurs toutous. Tous ceux que nous avons rencontrés nous servent le même refrain: Quand je fais la manche, c’est d’abord pour acheter de la bouffe pour mon chien, ensuite, ma bière. Certains, comme Angie, entretiennent même une relation quasi filiale avec leurs clebs: Je n’ai pas de famille, mes nike hypervenom phantom enfant chiens sont comme mes gosses. On m’a demandé de les abandonner pour entrer dans une structure d’hébergement. Mais ils sont toute ma vie, comment pourrais je les abandonner? Angie ne simule pas. La preuve: elle a absolument tenu à ce qu’on photographie ses stocks de croquettes pour prouver aux gens qu’elle traite bien ses chiens. Un compliment que plusieurs vétérinaires lui ont déjà adressé.

Généralement sans descendance, les punks à chiens à la rue pallient certains manques affectifs grâce à leurs bâtards, le plus souvent de type berger. Parmi tous les travellers et teufeurs propriétaires de chiens rencontrés, seul Rod, croisé près de la gare de l’Est, en possède un de pure race: un american staff, ce qui lui vaut des bisbilles quotidiennes dues à une législation stricte. A partir du moment où tu as un chien de catégorie, les flics viennent te faire chier, nous explique t il. J’ai un paquet d’amendes, pour ça et d’autres raisons, mais je ne les compte plus. Mais pas question de les régler car si t’en payes une, c’est fini, ils te tombent sur la couenne. Et si le maître ne dresse jamais son chien pour attaquer, pas même le malotru qui se risquerait à piquer sa binouze, le côté souvent massif du canidé permet d’éviter quelques tracasseries.

C’est du moins ce qu’affirme Christophe Blanchard: Quand vous avez deux, trois chiens, on vient moins vous chercher des noises. C’est plus une alarme qu’une arme. Quand le maître est assoupi, le chien est là pour le protéger. Mieux, le chien, généralement plus sobre que son maître, peut ramener ce dernier à la maison lorsqu’il est trop défoncé. Ainsi, Angie nous a confessé s’être laissée guider par Gizmo à maintes reprises pour retrouver son squat. Plus que punks à chiens, Christophe Blanchard préfère donc l’appellation propriétaires de chiens car ils prennent plus soin de leurs animaux que d’eux mêmes. Et, avant d’être des exclus, des SDF, des zonards, ce sont des propriétaires comme n’importe qui d’autre. Et pourtant

Je suis complètement anarchiste, anti système, anti tout. Un mec qui travaille pour payer des impôts et enrichir des mecs 10000 fois plus riches que lui, je ne peux pas comprendre. Celui qui tient ces propos un peu fumeux n’est ni Bakounine, ni Robert Nozick mais Nico’, un pur teufeur zonard de chez teufeur zonard. A 12 ans, ce Toulousain se prend déjà des grosses bitures et se tatoue un A cerclé sur l’avant bras. Un an plus tard, son beau père convainc sa mère de le mettre à la porte. Depuis, le bougre a blanchi sous le harnais, rougi du visage et laissé quelques dents et une épaule dans des sales affaires. Il a fait ses classes avec deux vieux punks qui lui ont appris quelques combines, il a vu du pays via des missions humanitaires ou des tekos, s’est shooté pendant plusieurs années avant de se retrouver aujourd’hui sous méthadone. Quand on demande à Angie, qui se revendique punk un jour, punk toujours, ce que signifie être punk, elle rétorque qu’il s’agit de respecter les autres et être pour l’anarchie car on nous impose des règles qui ne sont pas forcément bonnes. Une définition quelque peu innocente, du même acabit que les textes super militants de Zaz ou de ce bon vieux rebelle de Damien Saez.

Sur le pavé de Paname, ce n’est clairement pas un idéal libertaire qui lie les existences de ces travellers toxicos et teufeurs clochardisés mais des passés foireux faits de grosses galères et des espérances de vie qui se réduisent comme peau de chagrin. La politique, ils s’en tamponnent le coquillard. Rod, 35 ans et onze piges de rue au compteur, l’avoue sans ambiguïté: Je m’en fous totalement mais par contre, je trouve que le nouveau Premier ministre a vraiment une sale tronche. Au mieux, les zonards à chiens les plus militants ont deux serpents de mer: les fachos et la flicaille.

Les Roms ont niqué la manche

C’est le cas d’Alex et Rodolphe, figures historiques et sympathiques de la rue de la Roquette à la Bastille. Pour connaître le fond de leur pensée, pas la peine de débattre, il suffit de passer en revue les tatouages de Rodolphe, comme cet ACAB pour All cops are bastards (Tous les flics sont des bâtards). Et sinon, Rodolphe, tu fais quoi de tes samedis aprèm? Je suis un ancien membre du SCALP,Section carrément anti Le Pen, pour être clair. Aaaah, ok.

A 38 ans, Rodolphe, plus teufeur que keupon, vadrouille avec son chien, un mélange de cane corso, de dogue de Bordeaux et de boxer baptisé Casse toi, et habite dans un squat à Villejuif où est basée son asso’, la Bouée, qui organise expos et concerts. Cela fait vingt ans qu’il vagabonde et fréquente le triangle maudit Bastille Nation République. Depuis dix ans, il squatte principalement la rue de la Roquette avec son poto Alex, teufeur également, au débit super speed, qui vit, lui, dans un squat sans eau chaude au fin fond du 95. Pourquoi la rue de la Roquette? Parce qu’il y a un tabac juste à côté, que les gens nous connaissent et donc nous donnent plus facilement de la monnaie ou de la bouffe pour nos chiens. Si cette street a longtemps été un endroit très prisé par les punks à chiens, c’est parce que le marché de la manche y est prospère entre le Monoprix et l’ancien Franprix. En faisant la manche toute la nuit, j’arrive à me faire 150 sans problème, fanfaronne Rodolphe. Le hic, c’est que les Roms sont entrés dans la partie. Chez Monop’, les caissiers étaient aux premières loges pour assister à cette révolution de palais: Il y a encore quelques mois, les punks à chiens squattaient toujours devant le magasin, témoigne l’un d’eux. Quand ils étaient bourrés ou agressifs, la police intervenait pour les déplacer mais ils revenaient le lendemain. Mais là, les Roms se sont appropriés toutes les places stratégiques et ont fini par les faire bouger.

Alex et Rodolphe, victimes de cette concurrence déloyale, se sont décalés cinquante mètres plus loin, rue de Lappe. Avant qu’ils débarquent, la rue de la Roquette, c’était nous, peste Rodolphe. Les Roms ont niqué la manche, on a préféré se déplacer pour ne pas être amalgamés. Les Roms donnent une réputation de voleurs aux gens de la rue. Alex, dont le front garde encore les stigmates de cette guerre d’occupation, opine du chef: Il y a des règles quand tu fais la manche. Si chaussures football magista nike hypervenom phantom enfant.