Nike Mercurial Superfly V CR7 FG Rouge Or Boutique Réponse au discours de réception de Jean Cocteau

Réponse au discours de réception de Jean Cocteau

Tiempo legend 7 vous avez souvent cherché au cirque une école de travail, de force discrète et de courage. Vous aviez raison. Les acrobates sont les plus sérieux des artistes, car la corde raide ne ment pas, ni le trapèze. vous voir jongler sous cette coupole, au sommet de votre pile de chaises, nous avons eu, par instant, le vertige. Mais vos dangereux et brillants exercices se sont, comme il convient, terminés par un salut et par un sourire. Le tact de l’audace, avez vous écrit, c’est de savoir jusqu’où on peut aller trop loin. Tout en allant aujourd’hui assez loin pour demeurer fidèle à vous même, vous avez su rester en deçà de ce qui nous eût effarouchés. Votre discours s’inscrit, sans la déformer, dans la courbe de votre vie. En devenant académicien, vous n’êtes pas devenu académique.

Notre compagnie, Monsieur, vous a élu dès votre première candidature. Ce prompt accueil, assez rare chez nous, a surpris quelques augures. Ils ne croyaient pas à votre succès. Vous n’y croyiez pas tant vous même. Vous pensiez que tout vrai poète est un enfant et qu’il y a témérité de sa part à prétendre s’asseoir parmi les grandes personnes. Mais les grandes personnes aiment les enfants, et les poètes. Vous avez fait, de vos visites, autant d’uvres d’art. Votre conversation, paradoxale à force de bon sens, vous a conquis plus d’un suffrage rebelle. Elle aurait pu se transformer en monologue sans que vos interlocuteurs s’en plaignissent. Vous avez eu la coquetterie de maintenir l’échange et auriez dit volontiers, comme ce roi d’Angleterre à un courtisan : Tâchez donc de me contredire, de temps à autre, afin que nous soyons deux.

Vous êtes bon public, Monsieur, et avez pris, semble t il, à ces rencontres, autant de plaisir que vous en donniez. Vous nous en avez parlé avec l’enthousiasme de Socrate décrivant à ses juges, dans l’Apologie, le bonheur qu’il allait trouver à converser aux Champs lysées avec Hésiode, Homère, Palamède et Ajax, fils de Télamon. Cette constance, qui chez vous survit à la victoire, nous touche ; elle n’est pas commune. L’Académie française, a écrit Voltaire, est l’objet secret des vux des gens de lettres ; c’est une maîtresse pour laquelle ils font des chansons et des épigrammes jusqu’à ce qu’ils aient obtenu ses faveurs, et qu’ils négligent dès qu’ils en ont la possession. Vous venez de nous prouver que la possession n’a pas diminué l’ardeur de vos sentiments.

Nous espérons que vous ne serez pas déçu. Cette vieille maison a ses faiblesses. Vous avez évoqué quelques unes de ses erreurs passées. Nous les regrettons comme vous, mais comment ne les eût elle pas commises? Une compagnie littéraire infaillible? disait Renan. Nous en aurions presque peur. Les académies n’ont pas la prétention de posséder la règle d’une justice absolue. Qui la possède? Et quel critique, si fin soit son goût, ne s’est parfois trompé en jugeant ses contemporains? Les affinités naturelles, les sympathies et antipathies gauchissent alors le jugement. On ne se lasse pas de nous citer les quelques grands hommes qui manquèrent à l’Académie française ; on se garde d’ajouter que ses hardiesses heureuses furent plus nombreuses que ses timidités. Elle a reçu, dès le temps de leur jeunesse, Lamartine et Victor Hugo ; elle a honoré Valéry, quand le public l’ignorait ; elle a entouré Bergson d’admiration et de respect ; elle eût accueilli Proust, s’il n’était mort prématurément. Parmi les hommes de talent, il en est aujourd’hui qui s’écartent d’elle ; il n’y en a pas qu’elle souhaite écarter. Elle s’emploie, non sans peine, à débroussailler pour eux le chemin du Quai Conti. L’accueil empressé qu’elle vous fit prouve qu’elle ne craint pas les mauvais élèves, quand ils sont de bons écrivains.

Nous fûmes guidés, en vous accueillant, par des raisons plus fortes que le charme de votre commerce et l’éclat de votre intelligence. Vous êtes, Monsieur, un prodigieux animateur et vous avez, en des formes d’art très diverses, modelé votre époque. Le poète Coleridge disait : Je ne crois pas aux fantômes ; j’en ai trop vu. Vous auriez le droit de dire : Je ne suis pas les modes ; j’en ai trop fait. On ne compte plus les écrivains, peintres, musiciens, cinéastes, acteurs qui vous ont dû leur renommée, et qui la méritaient. Vos choix d’hier sont aujourd’hui, dans le monde entier, les classiques de tous. D’un bec infaillible, votre coq a picoré, plutôt que les perles fausses ou les déchets vrais, le blé juste. (Claude Roy) En vous éloignant de la mode avec une vitesse supérieure à celle du temps, vous avez conservé, par ce mouvement même, le contact avec la tradition. Il vous plaît qu’elle assure la continuité d’un peuple, d’un langage ou d’une institution.

Par là déjà vous nous apparteniez. Avant que d’y participer, vous aviez le goût de nos cérémonies. Vous attendiez avec délices le roulement de tambour qui annonça, tout à l’heure, votre périlleuse voltige. Vous compreniez qu’une instinctive et collective sagesse a dessiné ce dôme, ces uniformes, ces épées. Comme le Narrateur de Proust voyait resurgir les images vivantes de son enfance dès qu’il pouvait les accrocher à des sensations présentes : petite madeleine, pavés inégaux, serviette râpeuse, ainsi les nations, par nike mercurial promo l’éclat ressuscité de cérémonies très anciennes : gardes, cortèges, batteries, retrouvent, dans leur âge mûr, leur passé perdu. Le couronnement de Westminster, la perruque des juges, les universités médiévales sont parmi les forces de l’Angleterre. Cette coupole, ces statues, cet ordre de majesté sont utiles au prestige d’une assemblée trois fois séculaire. Un homme est d’autant plus libre en esprit que ses gestes sont réglés par un rituel, et le choix de ses mots par une syntaxe rigoureuse. Nul, Monsieur, ne sait cela mieux que vous et votre courageux refus du conformisme anticonformiste vous désignait à nos suffrages.

Enfin, et surtout, nous vous avons élu parce que nous aimons votre talent. Pour trop de gens, le style est une façon compliquée de dire des choses simples. Pour vous, c’est une façon très simple de dire des choses compliquées. Au vrai, il existe en France deux grandes lignées de stylistes. Albert Thibaudet les nommait : celle du Vicomte et celle du Lieutenant. La première, venue des rhéteurs romains à travers Bossuet, Massillon, a effleuré Rousseau pour s’épanouir en Chateaubriand et Barrès ; la seconde, dont les origines lointaines sont grecques, eut sa période naïve avec Amyot et Montaigne ; sa période incisive avec Voltaire ; nous lui devons le lieutenant Henri Beyle et la prose de Valéry.

Bien que vous chérissiez Rousseau et n’aimiez guère Voltaire, vous appartenez, Monsieur, par le style, au second courant. Ce n’est pas le hasard qui vous a fait si bien rajeunir les mythes helléniques. Le tragique des passions allié à la simplicité de l’expression, c’est le secret de l’art grec ; c’est aussi le vôtre. Vous ne craignez ni la dure lumière, ni par la précision implacable. Comme les philosophes de la Grèce, vous avez le goût des formules brèves et chargées de mystère. Comme eux, vous nettoyez votre phrase de tout ornement ; vous la voulez maigre et musclée. Bref, vous êtes de la lignée du Lieutenant. Je ne doute pas, pourtant, que l’artiste en vous ne prenne parfois plaisir à la longue houle, aux phrases balancées, aux cuivres sonores et aux violoncelles que fait chanter la lignée du Vicomte. C’était à elle qu’appartenait votre prédécesseur.

Nous avons, Monsieur, beaucoup aimé Jérôme et Jean Tharaud. Car je ne puis séparer, dans l’éloge, ceux qui furent si étroitement unis dans la vie. Vous nous avez avoué votre crainte, lorsque le hasard d’une élection fit de vous le successeur de Jérôme, d’être fort loin de lui. Cette anxiété naissait d’une cause assez simple : c’est que vous ne connaissiez guère son uvre. Vous nous avez dit, il est vrai, qu’on parle plus juste d’un écrivain en le sentant qu’en le lisant. Je n’en suis pas sûr. Les écrivains ont la faiblesse d’aimer à être lus. Toutefois Jérôme lui même nous raconte que Maurice Barrès, dont il était alors le secrétaire, ayant à recevoir sous cette coupole Jean Richepin, il lui proposa d’aller chercher dans la chambre du haut, où s’accumulaient les livres non coupés : Miarka, la fille à l’ourse. Ah! dit Barrès, qu’en ferons nous? Laissez la dans sa roulotte. Vous avez laissé Dingley dans sa ferme sud africaine et les bourgeois de l’Islam dans leurs échoppes de Fez. Les Tharaud vous l’auraient pardonné, car ils étaient la bonté même, mais ils avaient en commun avec vous beaucoup plus que vous ne croyez.

Comme vous, Jérôme Tharaud fut un ami parfait. De la cour de Sainte Barbe à l’cole Normale, des Cahiers de la Quinzaine à l’état major de Lyautey, de tendres attachements jalonnent sa vie. Tous ses compagnons admiraient la simplicité charmante de ses manières et ce bon rire ingénu qui fusait, irrésistible, jusque dans notre salle des séances. Jamais hommes de lettres ne furent plus généreux, moins jaloux que les Tharaud. Voilà que je reviens, malgré moi, à parler d’eux au pluriel. Par un phénomène étrange et rare, ils ne formaient qu’un seul être à deux voix et à deux visages.

Je me souviens d’avoir, un jour, demandé à l’un d’eux s’il avait lu certain livre. Je ne l’ai pas lu, me dit il, mais nous l’avons lu. Ce nous était pour eux un personnage distinct et réel. On eût dit qu’ils avaient besoin de se compléter l’un par l’autre. Leurs phrases ne se répondaient pas ; elles s’ajoutaient, s’imbriquaient et formaient un tout cohérent. On comprenait, en les écoutant, que ce double écrivain était plus sensible que n’eut été chacune de ses moitiés.

Ces frères siamois ne se ressemblaient pas. Jérôme, plus trapu, le teint plus rouge, le crâne rasé, avait une voix haut perchée qui, en des moments de passion, détonnait. Jean, plus grand, plus calme, parlait d’une voix plus chaude. Il s’attachait aux maisons, aux objets, aux choses aimées que l’on possède. Jérôme, esprit dégagé de toute matière, Ariel à face un peu camuse, avait gardé, de la cour rose et des palabres avec Péguy, le goût des idées pures et des vastes synthèses. Nomade, aventureux, il était toujours prêt, sur une dépêche de journal, à prendre le train, le navire, l’avion, sans s’embarrasser d’aucun bagage, pour aller voir ailleurs ce qui se passait. (mile Henriot) Du spectacle d’un univers si grand et si varié, il ne pouvait se rassasier Sa curiosité, intelligente, et presque enfantine, rappelle celle du Kim de Kipling. Ennemi de l’introspection, amateur de tableaux et d’êtres neufs, il eût dit volontiers : Le seul véritable monde intérieur est le véritable monde extérieur. Et pourtant.

Et pourtant des sentiments forts et constants réchauffaient son monde intérieur. De la qualité de ses affections, Daniel Halévy, Jean Louis Vaudoyer, mile Henriot, Simone Porché sauraient bien que dire. Le plus cher témoin de sa vie a décrit ses courses errantes et ses retours à la maison de Versailles où l’attendaient sa femme et son frère. Chez lui, dit elle, la moindre étincelle allumait une flamme, un feu, qui ne pouvait s’éteindre que dans le vent de la fuite. S’éteindre? Non, s’apaiser seulement pour un temps. Le retour de Jérôme m’a toujours fait l’effet d’un soupir de contentement. Sa façon de s’asseoir semblait dire : Enfin! Il regardait autour de lui, tendait la main à l’un, son autre main à l’autre. Nous étions les anneaux solides tiempo legend 7 que l’on voit encore dans les vieilles demeures, scellés dans les murs pour attacher les chevaux. Ces anneaux solides étaient là. Il lâchait nos mains, frottait les siennes l’une contre l’autre, mêlant leurs chaleurs rassurantes. Dans sa touchante et chaude joie, Jérôme ne vous fait il pas penser, Monsieur, aux héros de certains de vos drames qui reviennent, pâles de la mort rencontrée, de quelque monde mystérieux et retrouvent, avec un naïf bonheur, leur femme, leurs livres, la chambre familière?

Autre trait commun entre les Tharaud et vous: ils avaient été façonnés, à jamais, par leur enfance. Elle s’était passée dans une province secrète : le Limousin. Ils ont souvent évoqué, dans leurs romans, ce nike mercurial promo pays humide et boisé. Les châtaigniers y couvrent les pentes de collines au sommet desquelles de petits manoirs, aux tourelles pointues, abritent des hobereaux tout occupés de chasse, de récoltes et de sombres querelles de famille. De cette enfance rustique, les deux frères avaient gardé le goût du grand air. Ils détestaient la vie mondaine et les passions qu’elle engendre. Ce qui les intéressait, c’était l’homme en action, le métier. Pas plus que vous ils ne demandaient au voyage un document mais, comme dit Barrès, une musique. Au delà des apparences, ils essayaient d’atteindre une réalité poétique qui est la seule réalité.

Comme vous, ils pensaient que la vie des formes ne se confond pas, pour l’artiste, avec les formes de la vie. Sans doute la vie est nécessaire à l’art. Elle lui fournit une glaise à modeler. Mais c’est le sculpteur, le peintre qui, du chaos des êtres et des choses, tirent un monde intelligible. Jérôme à Jérusalem, dans la mosquée de pierreries au doux éclat vert et bleu, ou devant le Mur des Pleurs, patiné par l’attouchement séculaire des fronts, des lèvres et des mains, fait effort pour comprendre et pour aimer. Aux images perçues, il mêle les souvenirs de son immense culture et sa présente émotion. Il n’est pas un touriste, rassurez vous, mais un poète. Quand il médite, près du mur de misère, sur deux mille ans de foi et d’espérance, c’est à Péguy qu’en son cur il s’adresse. Péguy, disait il, a laissé en chacun de nous le reflet d’or de son imagination et, dans ce que les uns et les autres nous avons pu faire de bien, il y a une parcelle, souvent inconnue de nous mêmes, qui revient à Péguy. Nous tous, qui avons tourné avec lui dans la cour rose, nous sommes des fragments de son rêve.

De ce rêve, de cette noble amitié, les Tharaud n’ont jamais démérité. Toute leur vie, ils ont cherché la grandeur. Ils ont passé de Péguy à Barès, à Lyautey; de la cour rose de Sainte Barbe à la maison blanche de Neuilly et au jardin bleu des Oudaïas. Béret en tête, bâton de merisier à la main, Jérôme est allé bien souvent, en pèlerin, chez ses voisins de Bretagne : Lamennais, Chateaubriand. Il n’était indigne ni de leur style, ni tiempo legend 7 de leur pensée. Jérôme et Jean ont été des travailleurs infatigables, qui polissaient et repolissaient leurs ouvrages par seul amour de la chose bien faite, puisque après le Prix Goncourt, et le succès acquis, ils ont récrit Dingley une troisième fois, comme pour un baroud d’honneur.

Cinquante ans ils ont traîné, côte à côte, sous le joug du style, leur charrue. Puis l’un des compagnons est mort et nous avons vu Jérôme, blessé, dépérir. Il n’a pas longtemps survécu à son frère. Ils n’ont guère mis à se rejoindre plus de temps qu’ils n’en mettaient, vivants, au retour d’un voyage, à se réunir autour de leur table de travail. Il avait fallu la mort pour les diviser et c’est elle aussi qui les rassemble. (mile Henriot) Nous nous plaisons à espérer que, si les dieux sont justes, les deux frères travaillent ensemble, pour l’éternité, dans un bois d’oliviers sacrés, à quelque ombre de livre, sur une ombre de table.

Pour nous, qui fûmes leurs confrères et leurs amis, nous croyons voir encore, posés sur cette foule, leurs yeux de candides et gracieux enfants ; il nous semble entendre le duo de ces voix fraternelles et complémentaires. Longtemps leurs fantômes unis hanteront cette maison qu’ils aimèrent, comme au ciel deux étoiles jumelles, pour le rêveur étendu dans l’ombre, évoquent une éternelle amitié et, dans ce que nous ferons de bien les uns et les autres, phrase polie avec amour, page refaite par scrupule de conscience, amitié sauvée par un acte généreux, il y aura une parcelle, inconnue de nous mêmes, qui reviendra aux Tharaud.

Et voici que j’arrive à la partie la plus difficile de mon tiempo legend 7 parcours. Il s’agit de trouver, de suivre et de relever, tout au long de votre uvre, le fil rouge qui relie tant de formes diverses de votre talent. Vous êtes, Monsieur, un homme très célèbre et presque inconnu. Vous le savez, vous en souffrez et dites, de vous même : Caché, je vis caché sous un marteau de fables. Une importune légende vous enveloppe, vous masque et vous désole. Elle fit de vous d’abord un prince frivole, éclairé par les couleurs vives des projecteurs de Diaghilew, puis un magicien dont la prodigieuse facilité eût fait naître, d’un coup de baguette, poèmes, romans, drames, films, ballets, dessins, fresques et pastels. Le vrai Jean Cocteau, grave et laborieux, déteste ce personnage. Vous l’évitez comme la peste ; vous ne voudriez pas lui serrer la main. C’est pour le fuir que vous habitez loin de Paris ; il n’y a pas place dans la même ville pour vous deux.

Il faut avouer que ce double fabuleux n’a guère avec vous de traits communs. Le grief qu’on vous fit, de toucher à tout, est proprement absurde. Il vous arrive, parce que vous avez de multiples dons, de changer de véhicule, mais c’est pour porter les mêmes vérités. Une bouteille peut contenir tour à tour des liqueurs blanches ou rouges, vertes ou noires ; cela ne change rien à sa forme. Vous avez demandé à toutes les Muses de conter vos travaux et vos peines. Mais vous n’avez quitté chacune des Surs qu’après en avoir tiré tout ce qu’elle peut enseigner. Si j’écris, j’écris, dites vous ; si je dessine, je dessine ; si je m’exprime par l’écran, je délaisse le théâtre ; si j’aborde le théâtre, j’abandonne le film, et le violon d’Ingres me semble toujours être le meilleur des violons.

Poème ou roman, film ou pièce de théâtre, à travers tout ce que vous faites court fidèlement ce fil rouge qui est votre marque. En leurs infinies combinaisons, les ingrédients de votre alchimie : ange, rose, coq, statue, théâtre, chevaux, marbre, glace, neige, tir, balle, coquille d’uf dansant sur le jet d’eau demeurent invariables. Dans le tapis bigarré qu’est une uvre, Henry James se plaisait à chercher la figure mystérieuse qui se cache sous le lacis des arabesques. Chez tout grand auteur, cette figure existe. Sous le désordre apparent des couleurs, des motifs et des chatoiements, on devine un visage immuable et secret. Vous avez toujours fait la même pièce, toujours écrit le même livre, toujours exprimé les mêmes sentiments. Quels sont ils et qu’êtes vous, Monsieur?

Avant tout, vous êtes un poète et donnez avec raison à ce mot un sens infiniment plus étendu que celui d’ auteur d’ouvrages en vers. Vous dites : poésie de roman, poésie de critique, poésie de théâtre. Un poète, c’est, pour vous comme pour Valéry, un créateur de mythes qui, de ses charmes, éclaire, au delà des apparences, le mystère et la beauté du monde. Par les rythmes, par le choix des mots, par la mise en lumière de détails avant lui invisibles, par l’alliance intime du réel le plus concret avec le surréel, le poète recrée l’univers. Quand ce poète l’est, comme vous, de tout son être, il recrée aussi sa propre vie. Votre maison de Milly, ordonnée ou plutôt désordonnée, par un goût infaillible, pleine d’objets choisis où survivent, comme la nymphe de Cormbray dans l’arbre prisonnière, des amitiés ou des souvenirs, votre maison est un poème. Vous mettez en votre existence autant de style qu’en vos écrits.

Mais le monde réel porte mal les formes que lui impose la poésie. Des monstres, vulgaires et forts, cherchent à dégrader toute pureté. Leur meute casquée prend en chasse le poète. D’où, chez vous, un sens aigu de la solitude où se débat l’individu, de l’impossibilité où l’on est de rejoindre entièrement ceux qu’on aime, bref de ce que vous appelez la difficulté d’être. Ceux qui jouissent avec ravissement des fusées de votre esprit imaginent mal les noires baguettes qui survivent seules aux enchantements, lorsque la nuit enveloppe l’esplanade où fut tiré le feu d’artifice. La vie du poète semble une danse, mais c’est, comme celle de l’ac tiempo legend 7 nike mercurial promo.